Statines : « Le scandale absolu » dévoilé par le Dr Michel de Lorgeril

Auteur de « Cholestérol, mensonges et propagande » et de «Dites à votre médecin que le cholestérol est innocent ; il vous soignera sans médicament » (Editions Thierry Souccar), le Dr Michel de Lorgeril, cardiologue et chercheur au CNRS, entend défendre le fruit de son travail et l’exprime fort. Il s’était déjà fait remarqué en 1992 par une théorie, vivement critiquée puis confirmée, proclamant que le vin avait des effets positifs sur la prévention des maladies cardiovasculaires. Entre 1994 et 1999, il démontre les effets protecteurs, contre les maladies cardiovasculaires, de la diète méditerranéenne. Depuis près de 10 ans, ce sont les idées reçues sur le cholestérol et ses traitements, particulièrement les statines, qu’il attaque. Il dénonce un lobbying accentuant une désinformation au profit d’une industrie jugée mercantile. Où en sommes-nous ? Que devrait-on peut-être savoir ? Faut-il avoir peur ? Le cholestérol ami ou ennemi ? Rencontre avec un homme libre.

Michel De Lorgeril

Peut-on dire que le cholestérol est un fléau ?

Michel De Lorgeril : Non pas du tout (rire). Le cholestérol est une molécule absolument indispensable, tellement indispensable que nous ne savons pas, biologiquement, le détruire. C’est une particularité extraordinaire de cette molécule. C’est une molécule tellement indispensable aussi que nous sommes malades quand nous ne savons pas le synthétiser en quantités suffisantes. Par exemple, certaines personnes  ont des gènes (une hérédité) qui entrainent un taux de cholestérol très bas, ce qui provoque des pathologies gravissimes comme le syndrome SLO (Smith-Lemli-Opitz) avec des symptômes qui varient en fonction des taux de cholestérol.  A titre d’exemple, les hormones du stress, les stéroïdes  sont fabriquées  à partir du cholestérol. Les hormones de la reproduction sont aussi des dérivés du cholestérol. S’il n’y a pas de cholestérol, il n’y a pas de reproduction. Je ne cite que ceux-là parmi tant d’autres effets biologiques du cholestérol. Pour tout scientifique ou médecin qui a les yeux ouverts, si vous n’avez pas, ou trop peu,  de cholestérol, vous êtes malportant, voire malade.

On parle pourtant  de bon et de mauvais cholestérol ?

Michel de Lorgeril : Oui, mais cette idée ridicule est en train d’être abandonnée. Des données scientifiques solides indiquent clairement que cette notion n’a pas de sens. Cela fait une dizaine d’année, qu’avec certains de mes confrères, nous le disons. Certes, en médecine, il faut plusieurs années pour que des idées fausses soient reconnues comme telles. Concernant les concepts de bon et mauvais cholestérol, le virage est amorcé mais tant de célébrités se sont impliquées dans la diffusion de ces âneries qu’une forte résistance perdure. Vous imaginez bien qu’un professeur qui a enseigné ça durant 30 ans,  ne peut pas,  du jour au lendemain,  admettre que ses informations  sont erronées. Il faut un renouvellement de génération pour faire émerger des théories nouvelles ou submerger les anciennes …

Cette idée que le cholestérol est à la fois innocent et indispensable pourrait rassurer le grand public ?

Michel de Lorgeril : L’idée que le cholestérol bouche les artères fait l’objet d’une véritable propagande visant à encourager la vente de médicaments anticholestérol. Mais quoi qu’il en soit, si vous avez très peu de cholestérol, vous avez des problèmes neurologiques, ce qui est aujourd’hui reconnu par des instances gouvernementales aux USA par exemple. Et si vous prenez un médicament qui baisse le cholestérol vous avez des problèmes cognitifs (trouble de la mémoire). La Food and Drug Administration (l’équivalent de l’Agence du médicament en France) a, par exemple,  informé les médecins américains que la prise de statines provoque des troubles de la mémoire, et favorise aussi la survenue de nouveaux diabètes.

C’est contradictoire avec les produits alimentaires censés  lutter contre le cholestérol ?

Michel de Lorgeril : Oui et non, parce qu’il y a des modèles alimentaires, par exemple la diète méditerranéenne, qui peuvent diminuer le cholestérol et surtout le risque cardiovasculaire ; mais ce type alimentaire diminue ce risque indépendamment  de son effet sur le cholestérol, c’est bien démontré. Autre exemple : tout le monde, ou presque,  aujourd’hui adhère à l’idée qu’un verre de vin soit bon pour la santé. La consommation raisonnable d’alcool, ou de vin,  augmente le cholestérol, et pourtant diminue le risque cardiovasculaire. C’est ce genre d’exemple qui permet d’apercevoir le degré actuel de désinformation.

Doit-on tout de même considérer son taux de cholestérol ?

Michel de Lorgeril : Non. C’est inutile. Il y a bien d’autres paramètres à considérer. Il faut comprendre que quel que soit le paramètre biologique que vous mesurez, votre poids, votre taille, votre glucose, votre cholestérol ou encore votre acide urique, tout répond toujours à une même courbe en « U ». Il y a une moyenne générale et il y a les extrêmes. Lorsque vous êtes au-delà d’un extrême, cela peut traduire une anomalie.  Si vous mangez un kilo de beurre chaque matin, votre cholestérol va évidemment monter. Mais, dans ce cas,  ce qui est toxique, c’est le kilo de beurre, pas le cholestérol.

En même temps vous faites aussi un parallèle entre le cholestérol et le cancer ?

Michel de Lorgeril : En effet lorsque l’on analyse le cholestérol d’une population sur  un long terme, on s’aperçoit que ceux qui ont un cholestérol élevé font moins de cancers que ceux qui ont un cholestérol bas. Et une population qui utilise un médicament  pour faire baisser son cholestérol, après un temps suffisamment long développera plus de cancers que les autres.

Aujourd’hui, les statines sont proposées pour lutter contre le cholestérol. J’imagine que votre position face à ce traitement est sans appel ?

Michel de Lorgeril : En effet, il ne faut pas lutter contre le cholestérol ! Les statines sont des médicaments qui bloquent la synthèse endogène du cholestérol et sont toxiques. Nous assistons avec ces médicaments à une désinformation systématique qui dépasse l’entendement. Non seulement ces médicaments sont inefficaces pour nous protéger de l’infarctus mais ils sont très toxiques, comme nous l’expliquons dans nos livres et nos articles scientifiques.

Et pourtant ils sont présentés comme des « super » médicaments ?

Michel de Lorgeril : Et c’est là que je deviens un peu « énervé »! J’ai travaillé sur ces traitements, j’ai vu que ça ne fonctionnait pas. Mais avec humilité, car les scientifiques craignent toujours de se tromper, nous nous sommes abstenus de dire que ça ne marchait pas. De grands groupes industriels américains y voyaient une révolution. Nous n’avions pas les mêmes conclusions. Nous nous disions que nous avions mal travaillé, pas fait le bon protocole… jusqu’au jour où nous nous sommes tout simplement aperçus qu’ils mentaient et que c’était nous qui avions raison.

Qu’ils mentaient ? Dans quel but ?

Michel de Lorgeril : Dans le but de vendre, rien d’autre. Et au mépris de tout le reste, y compris de la morale la plus basique. A côté de ce qui s’est passé en 2005 avec la tragédie du Vioxx aux USA, l’affaire du « Médiator » en France n’est presque rien. Les enjeux sont considérables. A cette époque, en 2005, nous nous sommes rendu  compte que ces mêmes industriels mentaient au sujet  des médicaments qui interféraient avec le métabolisme des lipides. L’affaire du Vioxx, puisqu’il s’agit de cela, a été un véritable scandale aux Etats Unis mais pas du tout en France. Cinquante mille morts ont été recensés. J’ai alors repris tout le dossier des Statines, et j’ai constaté qu’ils mentaient aussi. Sauf que, contrairement à la tragédie du Vioxx ou à l’affaire du médiator, nous n’avons pas encore de preuves de ce mensonge avec les statines. Avec le Vioxx, des patients ont constaté les complications  et ont porté plainte. Et lorsqu’un juge est saisi d’une telle affaire il y a immédiatement une concertation avec les industriels. Pour le Vioxx, ils ont avoué, il n’y a pas eu de procès, ils ont éteint l’incendie, si on peut dire, en dédommageant les victimes ou les familles.

Et comment expliquez-vous que le sujet des statines ne soit pas encore sorti ?

Michel de Lorgeril : Parce que le marché est dix fois supérieur à celui du Vioxx. En France, par exemple, c’est sept millions  de prescriptions  et plus de trente millions  aux Etats-Unis. C’est le scandale absolu avec une complicité des administrations, des scientifiques, des médecins. Donc, tout simplement, on ne peut pas le faire sortir car c’est inadmissible.

médicaments

Ça veut dire qu’on est malade de nos lobbyings ?

Michel de Lorgeril : En médecine, complètement. Avec l’affaire du Vioxx on a tout compris. C’était du crime organisé et je ne suis pas le seul à le dire.

Certains chercheurs proposent de distribuer des statines dans les Fast Food pour compenser l’apport de sucre et de gras de cette alimentation ?

Michel de Lorgeril : Oui, je suis au courant  et vous constatez qu’on atteint un niveau extravagant de bêtise ! Ces professionnels  sont complètement fous. Mais il faut savoir que certains  autres voulaient en mettre dans les biberons, d’autre encore pensaient  le rajouter à l’eau de boisson,  à l’instar de l’iode dans le sel. Je ne sais même pas comment  qualifier cela. Et dans ce contexte, les médecins sont pétrifiés et silencieux . Mais c’est une autre histoire … Il y a un vrai chantage exercé sur les médecins.

Vous préconisez l’arrêt de ces traitements ?

Michel de Lorgeril : Ils ne servent à rien. Ils empoisonnent. Je le dis mais bien évidemment nombre d’industriels  et amis  de l’industrie, par exemple les professeurs dans les hôpitaux universitaires,  reçoivent des honoraires de l’industrie pour ne rien dire.

Comment l’univers de la médecine  entend votre discours aujourd’hui ?

Michel de Lorgeril : il y a désormais deux camps parfaitement identifiés parmi ceux qui s’expriment. Celui qui collabore avec l’industrie et ses mensonges et celui des résistants. Ce dernier ne cesse de recruter. Il y a évidemment aussi l’immense marécage de ceux qui n’expriment rien. Et il n’y a aucun dialogue entre les deux camps. La seule solution raisonnable serait de réunir un comité de consensus visant à examiner objectivement les positions des deux camps. Ce comité ne devrait comporter que des experts reconnus, pour leur travail de recherche, et indépendants des intérêts de l’industrie. Ce comité ne peut pas voir le jour car il n’y a pas d’expert indépendant dans le camp des statines. C’est aussi simple que cela !

 

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Propos recueillis par Florent Lamiaux

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